22.04.2009
Les profs au bord de la crise de nerfs
Insultés, moqués, poussés à bout, les “profs” sont de plus en plus nombreux à craquer. En cause, la violence, mais aussi le manque de soutien de leur hiérarchie. Certaines situations se terminent par le suicide de l’enseignant.
Il ne veut surtout pas être cité. La peur d’être stigmatisé, encore une fois. D’être puni par sa hiérarchie, aussi. Philippe (*) enseigne depuis plus de trente ans en lycée professionnel, dans l’académie de Besançon.
Un jour, pour la énième fois de sa carrière, il demande à un élève d’ôter son baladeur en cours.«Fils de pute!», lui répond le lycéen. Qui se voit infliger une exclusion définitive… avec sursis.
Une semaine plus tard, la même scène se répète, avec un autre professeur.«Me casse pas les couilles!» s’emporte cette fois l’élève. Philippe, excédé, décide, contre l’avis de son proviseur, de ne plus accepter le gamin dans sa classe. Légalement, il est en tort: un prof ne peut pas anticiper sur l’éventuelle indiscipline des élèves pendant son cours… Il est donc sanctionné, suspendu, puis muté. «Et sans sursis, cette fois!» s’emporte-t-il, dégoûté.
«Les lycées sont devenus des pétaudières, on se prend des oeufs sur la tête, on ne peut plus se retourner sous peine de recevoir des projectiles et on n’est pas toujours soutenu par sa hiérarchie, qui veut surtout ne pas faire de vagues…»
Il raconte les pneus crevés, les menaces proférées par des «grands frères» après une mauvaise note, les crachats, les pleurs en salle des profs, l’école transformée en «garderie sociale»pour des jeunes qui ne croient plus du tout aux vertus de la connaissance, mais affirment, bravaches, que plus tard ils veulent faire «cassos» - pour cas social… - et toucher les allocations.(…)
Véronique Bouzou, prof de lettres en région parisienne décrit cette situation dans Ces profs qu’on assassine . «Certains d’entre nous sont en situation de maltraitance», prévient-elle. A la suite du suicide d’un collègue, elle a décidé d’enquêter sur le désarroi croissant de sa profession.
«L’école est à l’image de la société, de plus en plus violente. Mais on a retiré au prof les moyens de se battre: on n’a aucun droit, mais beaucoup de devoirs.»
(*) Le prénom a été modifié.
(L’Express)


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